Il était une fois, il y a fort longtemps, Héraclès – le plus grand de tous les héros – parcourait le monde, accomplissant douze travaux d’une difficulté extrême pour expier son terrible crime. Le dixième d’entre eux consistait à voler les bœufs de Géryon, qui paissaient aux confins du monde. Selon l’une des légendes, le héros ne se contenta pas de s’emparer du précieux bétail, mais stabilisa également le littoral du détroit entre l’Europe et l’Afrique en érigeant de part et d’autre deux rochers massifs et imposants. Au sud, il s’agissait du mont marocain Jebel Musa ; au nord, du Rocher de Gibraltar. Ce détroit, baptisé par les Anciens les Colonnes d’Hercule, marquait la fin du monde connu de l’époque.
Bien des années plus tard, Gibraltar et son Rocher qui domine le paysage continuent d’émerveiller, d’envoûter et d’attirer magnétiquement les touristes curieux du monde entier. Dans cet article, je décris notre excursion dans ce fantastique petit coin d’Europe, en mettant l’accent sur la riche histoire de Gibraltar ainsi que sur ses indéniables beautés naturelles. J’y glisse également une poignée d’informations pratiques qui vous seront utiles pour planifier vous-même votre voyage dans cette enclave britannique de la péninsule ibérique.
Table des matières
- Gibraltar – Informations essentielles
- Gibraltar – Un bref historique
- Visite de la ville de Gibraltar
- Visite du Rocher de Gibraltar
- Carte de l’excursion
Gibraltar – Informations essentielles
- Gibraltar est un territoire britannique d’outre-mer situé au bord de la mer Méditerranée, à l’extrémité sud de la péninsule ibérique. Ce territoire s’étend sur seulement 6,7 km² et compte un peu moins de 38 000 habitants. Il occupe une petite péninsule bordée au nord par la ville espagnole de La Línea de la Concepción.
- Les citoyens de l’Union Europeéenne peuvent entrer à Gibraltar munis d’une simple carte nationale d’identité ou d’un passeport. Dans notre cas, le contrôle frontalier a été minime, les agents (des deux côtés) se contentant d’un coup d’œil rapide à nos documents.
- Avant de pénétrer sur le territoire, il est fortement conseillé de désactiver complètement vos données mobiles ou de vous assurer que votre téléphone reste connecté à un opérateur espagnol. Gibraltar ne fait pas partie de l’Union européenne, et les tarifs de roaming appliqués sur place pourraient être douloureux pour votre portefeuille !
- À Gibraltar, la livre sterling (ainsi que sa variante locale, la livre de Gibraltar) et l’euro sont tous deux acceptés. La langue officielle est l’anglais, mais la majorité des habitants sont bilingues. D’après ce que j’ai pu observer, les Gibraltariens utilisent les deux langues au quotidien, passant avec fluidité d’expressions espagnoles à des tournures anglaises (ce qui n’est pas surprenant, puisque près de 10 000 Espagnols traversent la frontière chaque jour depuis La Línea pour venir y travailler). J’ai moi-même assisté à une scène amusante où un père, accompagnant ses filles à l’école, les pressait d’avancer d’abord dans une langue, puis dans l’autre. Fait intéressant, les locaux possèdent également leur propre dialecte unique – le llanito, un mélange singulier d’anglais et d’espagnol andalou, teinté d’influences génoises, portugaises et maltaises.
- Bien que Gibraltar fasse formellement partie du Royaume-Uni, l’entrée sur son territoire ne nécessite heureusement aucune demande d’ETA. De plus, contrairement aux îles britanniques, on y roule à droite.

- L’attraction incontournable de Gibraltar reste la découverte de son imposant Rocher (426 m d’altitude), qui constitue un véritable phénomène à la fois naturel et historique. Cette immense formation calcaire fait partie des cordillères Bétiques (Cordilleras Béticas), et une grande portion de ses flancs est protégée au sein de la Gibraltar Nature Reserve. La réserve est ouverte de 9h30 à 19h00 (de mai à septembre) et de 9h30 à 18h00 (d’octobre à avril). Le pass pour la journée s’élève à 30 livres britanniques pour les plus de 11 ans, et à 22 livres pour les enfants de 5 à 11 ans. L’entrée est gratuite pour les moins de 5 ans. Ce n’est certes pas une attraction bon marché, mais elle vaut largement son prix selon moi. Elle donne accès à de nombreux sentiers de randonnée, à la superbe grotte de Saint-Michel, à des points de vue exceptionnels, à des expositions historiques, à des tunnels de guerre et… à des singes ! Il faut savoir que Gibraltar abrite des macaques de Barbarie, totalement habitués à la présence humaine et ravis de poser pour les photos. C’est une curiosité majeure, car cette petite péninsule britannique est le seul endroit d’Europe où des singes vivent en liberté. Arrivés de la côte d’en face, très probablement à l’époque musulmane, ils ont prospéré pour former une colonie impressionnante qui compte aujourd’hui environ 300 individus ! Prévoyez entre 2 et 4 heures pour la seule exploration du Rocher. Et si vous souhaitez examiner chaque détail de chaque exposition, n’hésitez pas à y consacrer une demi-journée entière. Vous trouverez une description détaillée des différentes attractions du Rocher plus loin dans cet article.
- Un téléphérique permet également de grimper sur le Rocher de Gibraltar en transportant les visiteurs depuis la ville jusqu’à environ 390 m d’altitude (veuillez noter que le téléphérique est actuellement fermé pour rénovation ; sa réouverture est prévue pour l’année 2027).
- La plupart des touristes choisissent de rouler jusqu’à la ville espagnole limitrophe, La Línea de la Concepción, pour ensuite franchir la frontière à pied. Nous sommes venus à La Línea à bord d’une voiture de location récupérée directement à l’aéroport de Malaga. Il nous a fallu environ 1h30 pour parcourir les 120 kilomètres du trajet. Nous avons emprunté la route gratuite A-7 qui longe la côte méditerranéenne. L’alternative payante, l’autoroute AP-7, ne fait gagner qu’une dizaine de minutes sur ce tronçon. Trouver une place de stationnement libre à La Línea s’est avéré être un véritable défi, mais nous avons fini par dénicher un excellent emplacement gratuit.
- S’il est techniquement possible d’entrer à Gibraltar en voiture, cela implique souvent de longues heures d’attente à la frontière, ce qui est inconfortable et constitue une grosse perte de temps. Les embouteillages sont particulièrement denses le matin et en fin d’après-midi, aux heures où les nombreux travailleurs espagnols font l’aller-retour pour leur travail.
Gibraltar – Un bref historique
Histoire ancienne de Gibraltar
Mais au fait, comment ce bout de terre isolé de la péninsule ibérique s’est-il retrouvé sous pavillon britannique ? Laissez-moi vous l’expliquer rapidement ! En raison de sa position stratégique fermant le détroit le plus important d’Europe, Gibraltar a de tout temps été une proie convoitée par les royaumes environnants.
Dans l’Antiquité, le Rocher était célèbre comme l’une des Colonnes d’Hercule (sous le nom de Mons Calpe). Pour les Phéniciens, les Carthaginois et les Romains, il marquait la limite symbolique du monde connu, au-delà de laquelle s’étendait un océan redoutable. En 711, le chef berbère Tariq ibn Ziyad y débarqua, marquant le point de départ de la conquête musulmane de la péninsule ibérique. C’est de son nom que découle l’appellation actuelle du lieu : Jebel Tariq (la montagne de Tariq), qui s’est déformée avec le temps pour devenir « Gibraltar ». Le vestige le plus remarquable de cette domination arabe de plus de 700 ans reste le Château Mauresque.
En 1462, dans le sillage de la Reconquista, les Espagnols reprirent définitivement la forteresse des mains des Maures pour l’intégrer à la Couronne de Castille. Gibraltar demeura sous souveraineté espagnole pendant les 250 années qui suivirent.

Le Gibraltar britannique
L’histoire politique du Rocher bascula en 1704. Au cours de la guerre de Succession d’Espagne, une alliance navale anglo-néerlandaise attaqua par surprise et s’empara de cette place forte alors faiblement défendue. Par le traité d’Utrecht (1713) qui mit fin au conflit, l’Espagne céda la propriété de Gibraltar à la Couronne britannique « à perpétuité ».
Les Espagnols ne se résignèrent pas pour autant à la perte de ce joyau stratégique. Entre 1779 et 1783, profitant de l’engagement des armées britanniques dans la guerre d’indépendance américaine, l’Espagne et la France unirent leurs forces dans une tentative massive de reconquête. Ce Grand Siège dura près de quatre ans et se solda par un échec cuisant pour les assaillants. C’est précisément à cette époque que les ingénieurs britanniques commencèrent à creuser dans la roche les fameux tunnels défensifs qui subsistent encore aujourd’hui.
Pendant la Seconde Guerre Mundial, Gibraltar constitua un avant-poste hautement stratégique, garantissant aux Alliés le contrôle de l’accès à la Méditerranée. Dès 1940, les autorités britanniques estimèrent que le Rocher devait être transformé en une forteresse exclusivement militaire. Près de 16 000 civils – principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées – furent évacués. Seuls les hommes en âge de porter les armes restèrent sur place pour travailler dans les chantiers navals et servir dans les forces de défense locales. C’est depuis cette base que le général Eisenhower supervisa notamment le débarquement allié en Afrique du Nord (l’opération Torch). En 1943, c’est également au large de Gibraltar que le Premier ministre polonais, le général Władysław Sikorski, trouva la mort dans un mystérieux crash aérien.

Histoire récente de Gibraltar
Au lendemain du conflit mondial, la population civile fut progressivement rapatriée (les derniers habitants regagnèrent le Rocher en 1951). Alors que l’activité de la base militaire déclinait, le territoire commença à développer son potentiel touristique. Londres accorda une large autonomie au Rocher, permettant la constitution d’un premier gouvernement local en 1964. Parallèlement, lors d’un référendum organisé en 1967, les Gibraltariens rejetèrent à la quasi-unanimité un rattachement à l’Espagne. En réaction, le dictateur espagnol Francisco Franco ordonna la fermeture totale de la frontière de 1969 à 1982, plongeant le territoire dans un isolement complet. Pendant plus d’une décennie, le Rocher ne put être quitté que par la mer, et la survie de la population dépendit uniquement des liaisons maritimes avec le Maroc et le Royaume-Uni.
La réouverture de la frontière intervint en 1982, dans le cadre des démarches d’adhésion de l’Espagne aux Communautés européennes. En 2002, un nouveau référendum vit les habitants rejeter à 98,97 % l’idée d’une co-souveraineté avec leur voisin ibérique.

Visite de la ville de Gibraltar
De Malaga à Gibraltar !
Notre avion se pose à l’aéroport de Malaga aux alentours de 16h30. Une fois notre véhicule récupéré auprès de l’agence Goldcar, nous prenons la route en direction de la frontière. Après environ deux heures de trajet (incluant un arrêt indispensable dans un supermarché Mercadona), nous atteignons la ville frontalière de La Línea de la Concepción, où se trouve notre premier hébergement de ce voyage en Andalousie. Nous déposons rapidement nos bagages à l’hôtel avant de sortir pour une promenade nocturne. Autant le dire franchement, nos premières impressions sur la ville sont mitigées : La Línea donne le sentiment d’être une localité plutôt modeste et par endroits un peu délaissée. En revanche, le Rocher qui nous fait face offre un spectacle saisissant : il se dresse, massif, majestueux et presque irréel. En le contemplant depuis la plage espagnole, je trépigne d’impatience à l’idée de l’explorer le lendemain.



Gibraltar – Aéroport et début de la visite
Le lendemain matin, nous quittons de bonne heure notre hôtel à La Línea. Après un passage de frontière sans la moindre difficulté (les douaniers jetant à peine un œil à nos pièces d’identité), nous voici officiellement sur le territoire britannique. De l’autre côté de la douane, nous sommes accueillis par des panneaux d’information historiques et… une authentique cabine téléphonique rouge londonienne.
Nous remontons ensuite la célèbre Winston Churchill Avenue. Cet axe possède la particularité unique de traverser de part en part la piste d’atterrissage de l’aéroport de Gibraltar. Le passage y est interrompu par des barrières à chaque fois qu’un avion s’apprête à atterrir ou décoller. Depuis 2023, cette section est exclusivement réservée aux piétons, le trafic automobile ayant été dévié vers un nouveau tunnel passant sous la piste – le Kingsway Tunnel.
Cet aéroport a été aménagé entre 1936 et 1939 pour les besoins de l’armée, à l’emplacement d’un ancien hippodrome. Pour faire tenir une piste suffisamment longue sur cet isthme très étroit, les ingénieurs britanniques ont dû gagner du terrain sur la mer en remblayant une partie de la baie d’Algésiras. Pour ce faire, ils ont utilisé les tonnes de gravats issues du creusement des galeries et des búnkers militaires situés à l’intérieur même du Rocher. Toute la roche dynamitée fut jetée à l’eau pour servir de fondation à la piste. Fascinant, n’est-ce pas ? Aujourd’hui, l’aéroport accueille des vols civils quotidiens, principalement en provenance de Londres et de Manchester. Cela représente environ cinq vols par jour, ce qui reste une activité notable pour une si petite surface.
Une fois la piste franchie, nous entrons dans un quartier moderne bordé d’immeubles résidentiels aux lignes élégantes. De nombreux bâtiments semblent sortir de terre et d’autres sont encore en chantier, témoignant du développement de l’offre touristique du territoire.


Promenade dans la vieille ville
Après quelques centaines de mètres, nous franchissons une porte fortifiée massive qui s’ouvre sur la grande place historique de Grand Casemates Square. Son nom fait référence aux casemates, ces impressionnantes casernes fortifiées qui ferment la place du côté nord. Ce bâtiment blindé fut édifié par les Britanniques au début du XIXe siècle pour résister aux tirs d’artillerie et aux bombardements. Autrefois place d’armes dédiée aux parades et aux revues de troupes, Grand Casemates Square abrite aujourd’hui, derrière ses épais murs de pierre, une multitude de pubs, de restaurants et de terrasses de café.


Nous nous engageons ensuite sur l’artère principale et piétonne du centre-ville – Main Street. La rue est bordée d’une enfilade ininterrompue de boutiques proposant des parfums de luxe, des bijoux, des montres, du matériel électronique ainsi que du tabac et des spiritueux. Gibraltar bénéficiant d’un statut de zone franche hors TVA, une partie de ces produits s’y achète à des prix attractifs. Mais le plus saisissant reste l’atmosphère purement britannique qui s’en dégage. Je dois avouer qu’avant notre arrivée, je m’attendais à découvrir une ville à forte influence espagnole, où seuls quelques drapeaux rappelleraient la présence britannique. C’était une erreur complète ! L’architecture, le style des vitrines, les cabines téléphoniques d’un rouge vif, les enseignes des commerces : tout évoque l’Angleterre de manière frappante.


Au fil de notre progression sur Main Street, nous traversons la place John Mackintosh Square, le cœur politique du territoire, dessiné à l’époque de la domination espagnole. Deux édifices du XIXe siècle y retiennent l’attention : l’Hôtel de Ville (City Hall) et le Parlement de Gibraltar. Plus loin, deux édifices religieux remarquables jalonnent le parcours : la cathédrale catholique de Sainte-Marie-la-Couronnée (XVe siècle) et la cathédrale anglicane de la Sainte-Trinité (XIXe siècle), accessible en faisant un léger détour par Cathedral Square. Un autre bâtiment historique d’importance sur Main Street est un ancien couvent franciscain édifié en 1531, reconverti depuis 1728 en résidence officielle du Gouverneur de Gibraltar, le représentant de la Couronne britannique.


Notre découverte du centre-ville s’achève en franchissant les Southport Gates. Juste après ces portes, sur notre gauche, nous pénétrons dans l’enclos arboré du petit cimetière de Trafalgar, utilisé à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. Le nom du site rend hommage à la célèbre bataille navale de 1805 au cours de laquelle la Royal Navy défit les flottes franco-espagnoles. Pourtant, seules deux personnes reposant ici ont réellement pris part à cet affrontement, la majorité des tombes abritant en réalité les corps des victimes des épidémies successives de fièvre jaune.

Jardin botanique et Europa Point
En laissant la vieille ville derrière nous, nous remontons Europa Road vers la pointe sud de la péninsule. En chemin, nous faisons une halte dans le magnifique Jardin botanique, créé au début du XIXe siècle pour offrir un espace de délassement aux soldats en garnison. Le parc rassemble des végétaux originaires de différentes régions du globe partageant un climat de type méditerranéen (Californie, Australie, Afrique du Sud, îles Canaries). On y observe notamment de magnifiques dragonniers dont certains sont tricentenaires, des hibiscus, des palmiers et de grandes variétés de géraniums qui s’épanouissent pleinement sous le climat de Gibraltar.

Un quart d’heure de marche supplémentaire nous amène à l’extrémité méridionale du territoire : Europa Point. L’endroit dévoile un panorama splendide combinant la paroi abrupte du Rocher, les eaux mêlées de la Méditerranée et de l’Atlantique, et la silhouette des montagnes marocaines sur la rive opposée. La pointe est surmontée d’un phare rouge et blanc édifié en 1841, dont le faisceau porte à plus de 27 kilomètres. On y trouve également un monument commémorant le crash aérien de 1943 dans lequel le général Władysław Sikorski a perdu la vie. Le site accueille par ailleurs un stade de sport ainsi qu’une grande mosquée blanche construite en 1997, offerte par le roi d’Arabie saoudite à la communauté musulmane locale.
Cette première partie de la visite nous a pris environ 2h30. C’est un peu plus que prévu, mais la ville s’est révélée nettement plus digne d’intérêt que ce que nous avions anticipé !



Visite du Rocher de Gibraltar
Ascension du Rocher de Gibraltar et randonnée sur ses sentiers
Après notre passage à Europa Point, nous attaquons le cœur de notre journée : l’exploration du Rocher et de la Gibraltar Nature Reserve qui s’étend sur ses hauteurs. À l’origine, nous avions envisagé de contourner la montagne par le flanc est afin de grimper par le fameux escalier des Mediterranean Steps. Nous nous engageons donc sur la route Europa Advance Road, encastrée de façon spectaculaire entre la falaise et la mer. Cependant, nous nous heurtons rapidement à un panneau interdisant le passage des piétons, ce qui nous oblige à revoir notre itinéraire sur la carte. Il apparaît que le seul accès piétonnier praticable pour entrer dans la réserve par le sud se situe au niveau des Colonnes d’Hercule. Pour être tout à fait complet, sachez que l’on peut également aborder le Rocher par son entrée nord, située près du Château Mauresque (qui sera notre point de sortie). Pour rejoindre les Mediterranean Steps, il faut en réalité contourner le relief en empruntant le sentier Martin’s Path, qui bifurque depuis l’entrée des Colonnes d’Hercule et flanque la paroi à environ 200 m d’altitude.

La marche entre Europa Point et les Colonnes d’Hercule demande une bonne trentaine de minutes et nous fait avaler un peu plus de 100 mètres de dénivelé. Nous achetons nos billets d’entrée (30 livres par personne) et pénétrons dans la réserve. Nous constatons rapidement que l’essentiel des voies de circulation au sein de la réserve prend la forme de routes asphaltées certes très étroites, mais bien réelles. La vigilance est de mise pendant la marche, car de nombreux minibus touristiques y circulent pour acheminer les visiteurs d’un point à un autre. Heureusement, il est possible de s’écarter du goudron pour emprunter des sentiers de randonnée plus sauvages et agréables, qui se faufilent au cœur d’un maquis méditerranéen dense. Nous en rejoignons un après quelques dizaines de minutes de marche, lequel nous guide directement vers la grotte de Saint-Michel.


La grotte de Saint-Michel
La grotte de Saint-Michel (St. Michael’s Cave) est une magnifique cavité naturelle karstique, formée au fil des millénaires par la dissolution du calcaire sous l’action des eaux souterraines. Située à environ 300 mètres d’altitude, elle s’enfonce jusqu’à 62 mètres de profondeur. La grotte se compose de deux grandes salles principales reliées à un réseau de galeries secondaires. L’intérieur recèle une profusion de stalactites et de stalagmites qui dessinent des architectures minérales spectaculaires. L’ensemble bénéficie d’une mise en lumière dynamique très réussie qui m’a fait forte impression. Une formation rocheuse singulière évoquant la silhouette d’un ange aux ailes déployées est particulièrement bien mise en valeur dans la première salle. Plus surprenant, la seconde grande salle a été aménagée en un véritable auditorium pouvant accueillir plus de 100 spectateurs lors de concerts ou de réceptions culturelles.


O’Hara’s Battery – Le point culminant du Rocher
En sortant de la grotte, nous grimpons en direction d’O’Hara’s Battery. Cette ancienne structure d’artillerie est installée tout près du point culminant du Rocher de Gibraltar, qui culmine à 426 m d’altitude. En chemin, nous longeons une clôture qui ferme l’accès à une zone militaire toujours active : même si le territoire vit aujourd’hui principalement du tourisme, l’armée conserve ses positions sur les hauteurs. Cette dernière ascension nous demande une quinzaine de minutes d’efforts pour franchir les 100 mètres de dénivelé restants. Sur place, on découvre une batterie parfaitement préservée, dotée d’une exposition qui retrace le quotidien des artilleurs qui servaient ici. Ce canon monumental avait pour mission de verrouiller le passage des navires dans le détroit, ses obus pouvant frapper des cibles situées à 30 kilomètres de distance. Une impressionnante machine de guerre.



Le site offre un belvédère exceptionnel ouvrant sur la crête du Rocher, l’immensité de la mer Méditerranée et la côte espagnole au loin. Nous en profitons pour nous accorder une pause bienvenue afin de contempler le paysage, nous hydrater et prendre de nombreuses photos. L’endroit possède en outre l’avantage d’être très calme, la majorité des visiteurs semblant ignorer la beauté de ce point de vue sommital.
Pour les marcheurs sportifs, ce sommet peut également être atteint par le versant est via les Mediterranean Steps, un escalier abrupt taillé à même la roche par les soldats britanniques à des fins de liaison rapide. C’est un défi physique exigeant qui nécessite de gravir près de 300 mètres de dénivelé sur une distance de seulement 700 mètres.

Au royaume des macaques !
Nous entamons notre descente en empruntant le Douglas Path qui oblique sur notre droite. Ce sentier parcourt la crête en longeant d’anciens ouvrages militaires en ruine, tout en offrant de superbes perspectives sur la ville basse, le port et la baie d’Algésiras. Après une vingtaine de minutes de marche, le chemin débouche sur le Sky Walk, une plateforme d’observation dotée d’un plancher de verre transparent en encorbellement audacieux. Le coup d’œil est spectaculaire, bien que le site soit nettement plus fréquenté que le sommet de la batterie d’O’Hara.



Du Sky Walk, nous descendons rejoindre la route de St Michael Road, et là, nous plongeons en plein chaos. Une douzaine de minibus de touristes se pressent et se croisent difficilement sur cette voie très étroite. Les conducteurs klaxonnent, les piétons tentent de se frayer un passage, et sur le toit des véhicules bondissent… les fameux macaques de Barbarie de Gibraltar ! Mais d’où viennent donc ces animaux emblématiques ? À vrai dire, les historiens ne sont pas tout à fait d’accord. Certains affirment qu’ils ont été importés par les Maures au VIIIe siècle ; d’autres pensent qu’ils sont présents sur le Rocher depuis la préhistoire, ce lieu constituant leur dernier refuge naturel sur le continent européen. Les Britanniques ont fini par s’attacher à leur présence, au point de forger une légende tenace : Gibraltar restera sous la Couronne britannique tant qu’un macaque vivra sur le Rocher. Cette croyance est prise très au sérieux, puisque Winston Churchill lui-même ordonna de faire venir des spécimens d’Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale pour repeupler la colonie alors en déclin. Aujourd’hui, la population est rigoureusement suivie par des vétérinaires : elle compte environ 300 individus répartis en cinq groupes distincts. S’ils se laissent approcher de très près et posent volontiers pour les photos, ils n’en demeurent pas moins des animaux sauvages capables de sauter sur vos épaules ou de se montrer agressifs si vous détenez de la nourriture. Ils repèrent immédiatement le moindre manque d’attention pour défaire la fermeture d’un sac à dos ou subtiliser un paquet de gâteaux en un clin d’œil. Soyez donc vigilants en leur présence.


Descente panoramique par le Windsor Suspension Bridge
Nous poursuivons notre descente en empruntant de longs escaliers de pierre qui offrent une vue plongeante sur le port et les navires au mouillage. Les singes sont partout : ils s’installent nonchalamment au milieu des marches ombragées, obligeant les randonneurs à les enjamber ou à raser la paroi pour passer. C’est un exercice parfois un peu intimidant, car ils ne bougeront pas d’un centimètre pour vous céder le passage !
À environ 150 mètres en contrebas du Sky Walk, nous quittons l’axe principal pour prendre sur notre gauche afin de découvrir un autre aménagement récent du site : le Windsor Suspension Bridge. Il s’agit d’un pont suspendu d’une soixante-dixième de mètres de long, jeté au-dessus d’un ravin escarpé entre deux anciennes batteries militaires. La traversée est ludique et la vue sur la baie est superbe, bien qu’assez similaire aux panoramas précédents. Nous revenons sur nos pas pour rejoindre Old Queen’s Road et entamons une marche d’environ deux kilomètres à flanc de colline pour rallier le secteur des tunnels militaires, situés sur la face nord.




Les tunnels de Gibraltar et le château mauresque
Au terme de notre marche sur la route asphaltée, nous atteignons le complexe défensif nord, marqué par la Princess Caroline’s Battery. Autant l’avouer, malgré une bonne condition physique, la fatigue accumulée après plusieurs heures de marche sous un soleil de plomb commence à se faire sentir. C’est sans doute pourquoi nous passons un peu rapidement devant cette batterie, qui abrite pourtant le Military Heritage Centre, un espace d’exposition présentant des pièces d’artillerie et des munitions du XVIIIe siècle à nos jours. La terrasse de la batterie offre une vue plongeante sur l’aéroport et la ville espagnole de La Línea qui s’étend juste derrière la piste.

Nous remontons de quelques mètres pour découvrir les célèbres « Great Siege Tunnels » (tunnels du Grand Siège). Creusé par les troupes britanniques lors du siège de 1779-1783, ce réseau de galeries défensives impressionne par ses dimensions. Nous déambulons dans de vastes salles souterraines taillées à la dynamite qui faisaient office de casernes, de poudrières et d’hôpitaux de campagne. Une véritable cité souterraine sous la roche.


Juste à côté, nous complétons notre visite par les World War II Tunnels. Cette seconde exposition se concentre sur l’histoire contemporaine du Rocher, au cœur d’un gigantesque réseau de plus de 50 kilomètres de galeries forées durant la Seconde Guerre mondiale pour abriter une garnison complète en cas d’invasion de la péninsule. Il est possible de parcourir de longues sections de ces couloirs militaires austères.


Avant de franchir les grilles de sortie de la réserve, nous passons devant la petite reconstitution de l’exposition « City Under Siege » évoquant la vie des soldats au XVIIIe siècle, puis devant la haute tour de guet du Château Mauresque, dont les bases furent jetées par les fondateurs musulmans dès le VIIIe siècle (le monument est actuellement fermé aux visites intérieures). Nous entamons enfin la longue descente finale par les ruelles escarpées pour rejoindre Main Street, avant de reprendre le chemin de la frontière espagnole.

Je dois avouer que Gibraltar a largement dépassé mes attentes. Je ne pensais pas que les richesses historiques et la beauté des panoramas naturels de cette enclave sauraient autant me captiver. Au total, nous aurons passé près de 7 heures sur place, réparties entre 3 heures en ville et environ 4 heures sur le Rocher lui-même. Une superbe découverte que je recommande sans hésiter !
Date de l’excursion : 3 juin 2026
Données de la randonnée : 21,80 km ; 700 mètres de dénivelé positif
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