Le Glittertind, situé dans le massif de Jotunheimen, est le deuxième sommet le plus élevé de Norvège et de toute la chaîne scandinave (après le Galdhøpiggen). L’ascension ne présente aucune difficulté technique majeure, mais elle peut constituer un véritable défi en termes de condition physique. Contrairement à ce que mentionnent encore certaines cartes, ce sommet n’est plus recouvert par un glacier. Je garderai du Glittertind le souvenir d’une approche un peu monotone, mais dont les efforts sont largement récompensés par des panoramas à couper le souffle. Je vous invite à découvrir mon récit de l’ascension depuis Glitterheim et la descente vers Spiterstulen !
SOMMAIRE :
- Journée de repos dans la vallée de Veodalen
- Du campement au refuge Glitterheim
- Glittertind – l’ascension vers le sommet
- Glittertind – au sommet
- Descente du Glittertind vers Spiterstulen
- Carte de l’itinéraire
Journée de repos dans la vallée de Veodalen
Le troisième jour de notre séjour dans le Jotunheimen, nous sommes réveillés par le bruit de la pluie. Nous ne sommes pas particulièrement surpris. Les prévisions annonçaient depuis longtemps une dégradation météo pour ce jour-là. À vrai dire, il pleuvait même moins fort que ce que prédisait le service yr.no, toujours pessimiste. Les précipitations étaient toutefois suffisamment importantes pour que nous devions retarder notre départ pour le Glittertind. Comme le ciel ne montrait aucun signe d’éclaircie, nous avons décidé de marquer une journée de repos. Quoi qu’on en dise, le Glittertind est un sommet exigeant et personne ne veut s’y aventurer dans des conditions incertaines. En même temps, puisque nous étions à ses pieds, il aurait été dommage de rater le deuxième plus haut sommet de Norvège, n’est-ce pas ?
Je garde un excellent souvenir de cette pause dans la vallée de Veodalen ! La vallée est totalement hors de portée des réseaux mobiles, nous sommes donc libérés, pendant toute cette longue journée, des stimuli que nous impose quotidiennement Internet. Au lieu de scroller sur Instagram, nous discutons, cuisinons ensemble et enchaînons les parties de cartes. Dans l’après-midi, nous faisons une excursion vers le fameux refuge Glitterheim. Pourquoi fameux ? Pour le savoir, je vous renvoie à mon article précédent. Martyna et moi décidons d’aller y boire un café. Bon, ce n’était sans doute pas le meilleur café de ma vie, mais je ne vais pas me plaindre. Par ailleurs, toute notre équipe a profité de Glitterheim pour… se laver. Il s’est avéré qu’une entrée dérobée mène aux sanitaires du refuge, et que l’eau sous la douche était agréablement chaude. Cette journée de farniente m’a rappelé que le temps en montagne ne se résume pas forcément à des exploits sportifs. Il n’est pas toujours utile de se précipiter, surtout dans ce monde fou où la plupart d’entre nous croulons sous des obligations écrasantes.



Du campement au refuge Glitterheim
Le lendemain, nous nous réveillons dans une réalité totalement différente : ciel bleu sans nuages, visibilité parfaite. Nous rassemblons nos affaires et en route ! C’était agréable de flâner, mais aujourd’hui, nous devons conquérir une haute montagne, la deuxième plus haute de Scandinavie !
D’ailleurs, le titre de deuxième sommet a longtemps fait débat. Pendant des siècles, le sommet du Glittertind était recouvert d’une épaisse couche de glace. Selon une carte de 1917, l’altitude de la montagne (glacier compris) était de 2 481 mètres. Le voisin Galdhøpiggen culmine quant à lui à 2 469 mètres, mais son sommet n’a jamais été recouvert par un glacier. Un problème de définition se posait alors : l’altitude d’un sommet doit-elle être déterminée par la pointe rocheuse ou par le point le plus élevé du champ de glace ? La question était cruciale, car il s’agissait de savoir quelle montagne était la plus haute de Norvège. On peut dire que le problème s’est résolu de lui-même. En raison des changements climatiques rapides, le glacier au sommet du Glittertind n’a cessé de diminuer jusqu’à disparaître complètement en septembre 2023. C’est dommage, car les photos d’archives montraient qu’il était spectaculaire… Pour se consoler, d’importantes étendues de glace éternelle subsistent sur les pentes nord du Glittertind et sont parfaitement visibles, tant depuis le sentier que depuis le sommet.
Nous quittons le campement quelques minutes après 7h. Nous nous dirigeons vers le refuge Glitterheim (1 384 m). Là, profitant de l’eau chaude, nous avalons nos derniers flocons d’avoine et terminons notre thé. Vers 8h, nous sommes prêts à prendre de l’altitude. La météo est toujours magnifique : une visibilité cristalline. Ici, nous disons au revoir à trois de nos compagnons qui ont choisi une variante différente pour rejoindre Spiterstulen : non pas par le sommet du Glittertind, mais par le col voisin de Velsglupen (1 650 m). Bonne chance et à dans quelques heures !
Glittertind – l’ascension vers le sommet
L’itinéraire de Glitterheim vers Glittertind mesure 6 kilomètres et nécessite de franchir 1 050 mètres de dénivelé. L’ascension commence pratiquement dès la sortie du refuge et est assez régulière tout au long du sentier. C’est d’ailleurs visible sur la carte : pendant longtemps, la densité des lignes de niveau ne change pas. Ce phénomène est confirmé par les statistiques de Strava : nous parcourons successivement 170 m, 183 m, 180 m, 188 m sur chaque kilomètre. Le terrain ne s’aplanit que dans les parties supérieures du Glittertind ; sur les deux derniers kilomètres, nous devons encore gravir 103 puis 124 mètres.





À mesure que nous prenons de l’altitude, des vues incroyables s’ouvrent sur notre gauche, donnant sur les sommets englacés et le lac Nedre Steinbuvann. Environ une heure après avoir quitté le refuge, les dernières touffes d’herbe disparaissent ; le sentier ne serpente plus que sur des rochers de tailles diverses. Nous sommes maintenant entourés par un immense désert rocheux, ce qui rend l’ascension monotone et quelque peu fastidieuse. L’itinéraire est assez bien balisé par des cairns avec un « T » rouge peint. Il n’y a cependant pas de sentiers rocheux aménagés, comme nous en avons l’habitude dans les Tatras.
Alors que nous sommes déjà assez haut, des nuages menaçants commencent à se former dans le ciel. Heureusement, ils s’en vont aussi vite qu’ils sont apparus. La perspective des vues depuis le sommet reste donc intacte. À environ 2 200 m d’altitude, nous atteignons le bord de l’imposant glacier Gråsubrean. Nous nous arrêtons un instant, observant avec réflexion cette vaste étendue de glace éternelle. Je l’ai déjà écrit, mais je me répète : les glaciers ont quelque chose de magique. En les regardant, je ressens un mélange de respect, d’inquiétude et d’admiration indicible. Le Gråsubrean est justement ce glacier qui atteignait autrefois le sommet du Glittertind, lui permettant ainsi de se hisser à la première place des sommets scandinaves.






Glittertind – au sommet
Depuis le point de vue sur le glacier, le sommet est tout proche. Finalement, nous atteignons le Glittertind (2 452 m) à 11h40, après environ 3h30 de marche. Ce temps est honorable étant donné que nous marchons avec des sacs à dos lourds ; je suppose qu’à vide, nous aurions mis beaucoup moins de temps. Au sommet, c’est tout simplement phénoménal ! Vers le sud, nous avons une vue imprenable sur le plus grand groupe de glaciers du Jotunheimen (dont le glacier Veobrean) et sur des dizaines de sommets de plus de 2 000 mètres. Le paysage est également intéressant de l’autre côté. Alors que les pentes nord du Glittertind sont très douces, le côté sud révèle un véritable abîme. Au fond de ce gouffre se trouve le glacier Grotbrean, pittoresquement divisé en deux parties par le massif au nom charmant de Trollsteineggje (2 300 m).
Au sommet du Glittertind, nous faisons une longue pause pour déjeuner. Nous allumons nos réchauds et nous régalons rapidement de plats lyophilisés accompagnés de thé. Le seul inconvénient de manger dans de telles conditions (du moins dans mon cas) était la nécessité d’enfiler quatre couches de vêtements différentes. La température au sommet oscillait autour de 0 degré Celsius. Rassasiés et reposés, nous reprenons la route. Sur le chemin de la descente, nous croisons quelques compatriotes polonais, visiblement charmés par la ténacité de nos courageuses filles (« Avec de tels sacs au sommet ? On voit que ce sont des Polonaises ! »).





Descente du Glittertind vers Spiterstulen
Nous descendons du Glittertind vers le refuge Spiterstulen. De ce côté, le sentier traverse également un vaste désert de pierres. Les vues vers le nord restent excellentes, et celles vers l’ouest commencent lentement à se dévoiler. Les choses deviennent un peu plus ardues vers 2 000 m d’altitude. Nous devons franchir un passage de descente raide sur un sentier meuble et piégeux. Nous devons donc rester très concentrés, d’autant que le sac à dos d’une douzaine de kilos ne facilite pas les choses. Je dois admettre que cet endroit a quelque peu entamé notre moral. À un moment donné, je choisis un endroit propice, je m’arrête et sors du chocolat de mon sac ; le moyen infaillible pour remonter le moral et la motivation. Et effectivement, la suite de la descente semble plus facile. Pour les amateurs de statistiques, selon Strava, nous avons perdu 380 mètres de dénivelé sur ce kilomètre exigeant.
Vers 1 700 m d’altitude, le terrain s’aplanit considérablement. Nous marchons maintenant dans une charmante petite vallée au milieu de laquelle coule une rivière sans nom sur la carte. Le sol est toujours principalement constitué de pierres, mais çà et là, les premières herbes commencent à percer. De belles vues s’étendent à partir de là vers l’ouest. À un moment donné, je réalise d’ailleurs que le Galdhøpiggen, le plus haut sommet de Norvège et notre objectif de demain, vient d’apparaître devant mes yeux. La descente est assez agréable : certes, je sens les kilomètres parcourus dans mes jambes, mais les paysages alentour sont devenus si idylliques…



La seule difficulté de cette section est la traversée de la rivière sans nom. Contrairement aux apparences, trouver un endroit approprié n’est pas évident. En juillet, les rivières sont alimentées par les eaux de fonte des glaciers, et sont donc beaucoup plus larges que ce que suggèrent les cartes. Izka en fait l’amère expérience lorsqu’elle atterrit bruyamment dans la rivière. Mais c’est une fille solide, elle n’en fait pas tout un plat ! J’ai moi-même répété son erreur peu après sur un autre gué improvisé. Un kilomètre plus loin, nous devons traverser la Skauta, également beaucoup plus large que prévu. Nous passons donc prudemment d’une pierre à l’autre, à la recherche du meilleur passage. À un moment donné, je me décide pour un mouvement plus risqué, ce qui se solde pour moi par une thérapie par le choc dans l’eau glacée. Heureusement, la rivière est très peu profonde et je m’en sors avec juste des chaussures trempées.
Peu après avoir passé la Skauta, nous rejoignons le sentier venant de Glitterheim par le col de Velsglupen. Nos trois autres compagnons de voyage nous y attendent : Arek, Ania et Dominik. Nous faisons une pause collective, profitant du soleil de l’après-midi en mangeant des bonbons. Nous regardons parfois le Glittertind laissé derrière nous, qui paraît assez insignifiant sous cet angle. Ensuite, nous parcourons ensemble les 350 derniers mètres de descente. Ici, le sentier prend la forme d’un chemin clair et assez large. La descente est accompagnée tout le long par une vue magnifique sur la vallée de Visdalen, où nous avons l’intention de passer la nuit.




Peu après 17h, nous arrivons sur la route asphaltée reliant Spiterstulen à la civilisation. Nous atteignons le refuge quelques minutes plus tard. Avec une grande satisfaction, je commande un café ; je sens qu’après une journée entière de marche, je le mérite comme peu d’autres ! Spiterstulen est d’ailleurs un lieu très connu des randonneurs norvégiens. Il est réputé pour être une excellente base pour partir en haute montagne. Les propriétaires de l’établissement assurent qu’il y a dix-sept sommets de plus de 2 300 mètres accessibles en une journée de marche depuis Spiterstulen. Le refuge lui-même est situé assez bas, à 1 111 m d’altitude.
Après le café, nous parcourons le dernier tronçon de la randonnée d’aujourd’hui, en nous éloignant d’un kilomètre de Spiterstulen. Ce refuge, tout comme Glitterheim, a l’exclusivité de l’hébergement dans un rayon d’un kilomètre autour du bâtiment. Pour camper gratuitement, il faut donc sortir de ce périmètre. Nous nous installons dans un endroit merveilleux, au bord de la rivière rapide et large nommée Visa. Certains d’entre nous, courageux, vont même se baigner dans ses eaux glaciales. Personnellement, je suis plutôt frileux, alors j’observe de loin. Dans la soirée, un important troupeau de rennes sauvages s’est approché de notre campement. Que dire de plus ? C’est magnifique ! Et demain ? Demain, nous partons pour le Galdhøpiggen !
Date de l’excursion : 23 juillet 2024
Statistiques de l’excursion : 19 km, 1 115 mètres de dénivelé
Je remercie Jaromir et Marta pour les magnifiques photos que j’ai utilisées pour cet article ! Si vous cherchez plus d’informations sur les voyages dans le Jotunheimen, cliquez ici.
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