Il existe dans les Tatras quelques lieux cultes. Des endroits qu’il n’est plus nécessaire de présenter, et en même temps, des lieux où chacun d’entre nous, passionnés de montagne, revient avec plaisir. Ce cercle fermé comprend incontestablement la magnifique, voire onirique, Dolina Pięciu Stawów Polskich, ainsi que le col magique de Zawrat. Je vous invite aujourd’hui à une excursion dans ces lieux-symboles, où une grande partie d’entre vous a probablement laissé une part de son cœur.
La « Piątka » en hiver – informations pratiques
- La Dolina Pięciu Stawów Polskich figure parmi les destinations les plus populaires des Tatras polonaises. La vallée a un caractère glaciaire marqué et est surtout connue pour ses lacs pittoresques : Wielki Staw Polski, Czarny Staw Polski, Mały Staw Polski, Przedni Staw Polski et Zadni Staw Polski. Le Wielki Staw Polski est le plus grand lac des Tatras (30 hectares) et le troisième plus profond de Pologne (80 m).
- Dans la Dolina Pięciu Stawów Polskich se trouve le refuge de montagne le plus élevé de Pologne (1 671 m d’altitude). Jusqu’à récemment, c’était le dernier refuge des Tatras qui permettait de dormir au sol (la PTTK a instauré une interdiction générale en septembre 2025).
- Les touristes se rendant dans la Dolina Pięciu Stawów Polskich commencent généralement leur excursion à Palenica Białczańska. On peut s’y rendre soit en voiture particulière, soit par les bus circulant depuis Zakopane. À Palenica Białczańska se trouve un grand parking du TPN, pour lequel il faut acheter des billets en ligne via ce lien. Si vous allez en montagne lors de journées de forte affluence, n’attendez pas le dernier moment pour réserver votre place !
- Le sentier de Palenica Białczańska vers le refuge de la Dolina Pięciu Stawów Polskich nécessite de franchir une montée assez intense, c’est pourquoi, en conditions hivernales, n’y allez pas sans crampons !
- L’ascension du col de Zawrat (2 158 m d’altitude) par la Dolina Pięciu Stawów Polskich est relativement douce et sans difficultés techniques, c’est pourquoi les personnes en bonne condition physique peuvent choisir cet itinéraire pour débuter leur aventure hivernale dans les Tatras. N’oubliez pas cependant qu’en raison de la topographie locale, la couche de neige dans la « Piątka » est généralement beaucoup plus importante que dans d’autres parties des Tatras. Selon le guide de Nyka, la neige persiste dans la vallée jusqu’à 200 jours par an (bien que, compte tenu de la rapidité du réchauffement climatique, cette information puisse vite devenir obsolète).
- C’est au Zawrat que débute le sentier balisé le plus difficile de Pologne : la célèbre Orla Perć. On peut accéder au col depuis la Dolina Pięciu Stawów Polskich ou depuis la Dolina Gąsienicowa. Je vous préviens toutefois que la seconde option est nettement plus exigeante sur les plans physique et technique.
- En saison hivernale, le sentier menant à la Dolina Pięciu Stawów Polskich est parfois recouvert par des avalanches descendant du Wołoszyn. Pour cette raison, en période de fort danger d’avalanche dans les Tatras, choisissez une autre destination pour votre sécurité. Consultez le danger d’avalanche actuel ici.
Départ de Palenica Białczańska (env. 990 m d’altitude)
Ma compagne de route aujourd’hui est Zuza, une amie de mes années « poznańaises » et fraîchement détentrice de la Couronne des Montagnes de Pologne. Nous prévoyions cette sortie depuis très longtemps, alors quand elle s’est enfin concrétisée, il fallait choisir quelque chose de vraiment spécial. Comme les prévisions pour aujourd’hui annonçaient plutôt un brouillard épais, nous avons décidé de visiter la Dolina Pięciu Stawów Polskich. Pourquoi cet endroit ? Parce que l’atmosphère de la « Piątka » captive toujours, même quand on ne voit rien aux alentours.
Si la fin de décembre 2024 a été exceptionnellement chaude et printanière dans les Tatras, ce début janvier nous accueille dans la région de Podhale avec une météo véritablement hivernale. Les routes sont glissantes et la neige fraîche s’accumule sur la route Oswald Balzer. Ainsi, quand nous arrivons vers 7h40 au parking de Palenica Białczańska (env. 990 m d’altitude), j’ai le sentiment que la partie la plus difficile de l’excursion est déjà derrière nous :P.
Après avoir quitté le parking, nous empruntons le sentier de randonnée le plus populaire de notre pays (et qui sait, peut-être d’Europe ?) : la route goudronnée balisée en rouge vers Morskie Oko. Après environ trois kilomètres de marche, nous arrivons aux Wodogrzmoty Mickiewicza, une célèbre cascade sur la rivière Roztoka. Ici, nous nous arrêtons un instant pour observer la seule partie visible de la cascade : Pośredni Wodogrzmot. Les deux autres sont cachées : Wyżni Wodogrzmot en amont dans la forêt dense, et Niżni Wodogrzmot en aval sous le pont. La Société des Tatras a donné à la cascade le nom d’Adam Mickiewicz en 1891 pour célébrer le transfert des cendres du grand poète à Cracovie. Cette action a été menée pour encourager les Polonais vivant sous les partages. Car si Mickiewicz décrivait magnifiquement la nature, il n’a jamais eu l’occasion de voir celle des Tatras.


Trekking à travers la Dolina Roztoki
Après les Wodogrzmoty Mickiewicza, nous tournons à gauche sur le sentier vert et pénétrons dans une forêt dense. Nous marchons maintenant au fond de la Dolina Roztoki, qui n’est autre que la partie inférieure de la Dolina Pięciu Stawów Polskich. Le sentier vert serpente au milieu d’arbres féeriquement enneigés, le long du torrent Roztoka. Le chemin a un caractère typique de vallée : s’il comporte des passages un peu plus raides au tout début, il s’élève ensuite de manière très régulière et douce.
Déjà après environ quinze minutes de marche, la forêt s’éclaircit, dévoilant une vue sur les sommets encadrant la vallée. À gauche se dessine un fragment de la crête de l’Opalony Wierch avec Orla Ściana et, un peu plus loin, la caractéristique Świstowa Czuba. À droite se trouve la crête du Wołoszyn. Comme le sommet est aujourd’hui masqué par un brouillard épais, il ne nous reste que la vue sur ses versants monumentaux. D’ailleurs, la forêt à cet endroit est très dévastée, et l’une des raisons principales en est précisément les avalanches descendant de ce versant.



Montée vers le refuge de la Dolina Pięciu Stawów Polskich en hiver
À environ 1 370 m d’altitude, sept kilomètres après avoir quitté le parking de Palenica Białczańska, la forêt cède la place aux pins cembros, et la montée devient nettement plus rude. Après avoir parcouru encore quelques centaines de mètres, déjà au niveau de 1 430 m d’altitude, nous atteignons une bifurcation. En été, on peut accéder au refuge de deux manières : par le sentier vert, passant près de la cascade Siklawa, ou par le sentier noir, plus raide mais plus court. En raison du risque d’avalanche élevé sur le sentier vert, la seconde variante est la plus utilisée en hiver. Nous empruntons donc le sentier noir étroit et escarpé, qui s’élève en nombreux lacets à travers les buissons de pins cembros. Nous franchissons ainsi le « seuil des lacs », séparant la Dolina Roztoki inférieure de la Dolina Pięciu Stawów Polskich supérieure. C’est aussi la partie la plus exigeante de notre excursion. Il faut ici franchir 240 mètres de dénivelé sur une distance d’environ 800 mètres. Crampons obligatoires ici !


Trouver le bon chemin ne nous pose pas de problème aujourd’hui : l’endroit étant populaire, la trace est parfaitement damée. Le sentier est d’ailleurs bien balisé par de hautes perches blanches. Comme c’est étroit, les seuls soucis surviennent lorsqu’il faut doubler un randonneur plus lent. Globalement, ce tronçon raide se passe de manière intense mais satisfaisante. Nous pouvons nous concentrer pleinement sur le dénivelé, car le brouillard épais nous masque actuellement tous les sommets environnants.



À environ 1 610 m d’altitude, nous rencontrons la différence entre la variante estivale et hivernale du sentier noir. La version estivale contourne la Niżna Kopa par la droite ; la version hivernale, par la gauche. Cette différence est également liée au risque d’avalanches éventuelles. Nous choisissons donc la variante hivernale, franchissant les 60 derniers mètres de dénivelé sur un versant raide. Nous rejoignons ainsi le sentier bleu. La trace nous mène ensuite sur une partie du Przedni Staw Polski gelé et nous conduit directement au but minimum de notre excursion du jour : le refuge bien-aimé de la Dolina Pięciu Stawów Polskich. Nous entrons dans la salle chaleureuse vers 10h30.
Promenade à travers la Dolina Pięciu Stawów Polskich hivernale
Au refuge, nous trouvons une place confortable à une table en bois, sortons de quoi manger et réfléchissons à la suite. La météo se dégrade et le danger d’avalanche est passé du niveau 1 au niveau 2. Nous attendons, mais les conditions ne s’améliorent pas. Finalement, la décision tombe : nous partons nous promener plus haut dans la vallée, et si le temps le permet, nous tenterons le col de Zawrat. C’est parti ! Nous quittons le refuge vers 11h20.
Nous suivons maintenant le sentier bleu, d’abord le long du Przedni Staw Polski, puis du Wielki Staw Polski. Au début, le chemin est très doux. Plus loin, au niveau de 1 800 m d’altitude, nous commençons une montée intense sur les pentes de la Kołowa Czuba. Ici, nous croisons d’ailleurs un stage hivernal, probablement d’arrêt de chute au piolet. Et en parlant de piolet, c’est dans cette montée que nous décidons de sortir l’outil du sac. Ce n’est peut-être pas indispensable ici, mais cela ne peut pas faire de mal. Sur une distance de 600 mètres, nous franchissons 170 mètres de dénivelé, ce qui nous rapproche sérieusement de l’objectif.





Montée au Zawrat en hiver
La visibilité reste faible, mais nettement meilleure qu’au moment où nous quittions le refuge. Qui sait ? Peut-être pourrons-nous contempler la Dolina Pięciu Stawów Polskich dans toute sa splendeur ? Nous franchissons le passage pierreux au pied de la Kołowa Czuba, contournons le sommet par la gauche et entamons la dernière étape de la montée au col de Zawrat. Le sentier bleu longe maintenant un versant relativement doux – d’abord celui de la Kołowa Czuba, puis celui du Mały Kozi Wierch. Sous nos pieds se trouve la partie supérieure de la vallée – Dolinka pod Kołem avec le Zadni Staw Polski, le lac le plus élevé de Pologne.
Le dernier kilomètre de montée au Zawrat n’est pas excessivement raide – il reste moins de 200 mètres de dénivelé. Il n’y a ici ni difficultés techniques ni passages avec une exposition importante (contrairement à la montée au Zawrat depuis l’autre côté, c’est-à-dire depuis la Dolina Gąsienicowa). Le sentier bleu est d’ailleurs très confortable. En hiver, le rythme est évidemment plus lent car brasser la neige et croiser d’autres randonneurs prend du temps.




Le col de Zawrat en hiver
Nous arrivons au Zawrat vers 13h40. En été, le col est l’un des endroits les plus fréquentés des Tatras, mais en hiver, nous l’avons pour nous seuls un instant. Félicitations à Zuza ! Cette courageuse amie vient de grimper pour la première fois à 2 000 m d’altitude en conditions hivernales ! Il semble que Dame Nature ait décidé de récompenser cet exploit. Le brouillard commence à se dissiper, révélant les sommets environnants. Et sachez que le panorama depuis le col de Zawrat est l’un des plus beaux de la partie polonaise des Tatras ! Au premier plan, on aperçoit le Gładký vrch, le Szpiglasowy Wierch et le Miedziane. Au loin, à partir de la droite, on distingue le Kriváň, la crête du Hrubý vrch et du Štrbský štít, le Kôprovský štít, les Mięguszowieckie Szczyty, la Vysoká à deux sommets, le Rysy, le Roi des Tatras Gerlach, et même la Východná Vysoká.
Nous passons quelques minutes au col avant d’entamer la descente vers la Dolina Pięciu Stawów Polskich. Et autour de nous ? La magie opère. Le brouillard disparaît complètement, dévoilant une vue panoramique magnifique sur toute la vallée et les sommets qui l’entourent. Un régal ! Comme cet endroit est différent maintenant par rapport à il y a deux heures ! Je suis particulièrement impressionné par la paroi majestueuse du Kozi Wierch, baignée dans la lumière du soleil déclinant. Nous atteignons le refuge vers 15h30, comblés et pleinement satisfaits. Et le meilleur reste à venir : la célèbre szarlotka du refuge nous attend :P.




Le retour se fait à la nuit tombée, sous un ciel étoilé. Nous rencontrons une difficulté dans la forêt quand nos lampes frontales décident de nous lâcher. Nous suivons alors de près d’autres randonneurs. Un jeune homme nous propose même de nous prêter des piles de rechange. Nous finissons le chemin ensemble. Notre sauveur prévoit de gravir le Rysy demain ! Si tu lis ceci, j’espère que tout s’est passé comme prévu. Et merci pour les piles ! Cet acte de bienveillance signifie beaucoup. Après tout… n’est-ce pas un peu en montagne que chacun devient la meilleure version de soi-même ?
Date de la sortie : 4 janvier 2025
Statistiques : 24 km, 1 280 mètres de dénivelé
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Carte de l’excursion
Bibliographie
- Nyka J., Nyczanka M., Tatry Polskie, 22e édition, Latchorzew 2020.

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